Karine Joly - Greg Crozier : ANATOMIE D'UNE CHUTE... LIBRE !
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- 17 déc. 2025
- 11 min de lecture
Par Sébastien Noir
Photos : Ewan Cowie & Fonds personnel K. Joly et Greg Crozier

Couple uni dans la vie et dans les airs, les deux parachutistes au palmarès hors normes nous font découvrir leur discipline, le Freefly (FAI). Passionnés et passionnants, ils nous envoient au 7e ciel. C’est parti !
Vendredi 22 août dernier, Skydive Chicago (États-Unis). Neuf avions décollent pour atteindre, quelques minutes plus tard, 5 900 mètres d’altitude. A leur bord, 174 parachutistes s’apprêtent à sortir des appareils pour battre un record du monde, celui de chute libre en formation verticale. Tête en bas, et à plus de 280 km/h, ils parviennent ainsi à effacer un record datant de 2015 (164 participants) en formant une magnifique fresque humaine.

Au cœur de cet orchestre aérien, deux chefs français à la baguette : Greg Crozier et Karine Joly, installés à Nice, 17 500 sauts et 24 records du monde cumulés au compteur, champions du monde de Freefly (FAI), discipline apparue dans les années 90, qui regroupe toutes les positions de la chute libre, offrant des sensations particulières grâce à tous les repères en 3 dimensions.
« Ce record nous tenait à cœur, lancent-ils ensemble dans un immense sourire. Il fait écho à notre carrière : nous avons mis dix ans à devenir champions du monde et cela faisait dix ans qu’on essayait de le battre. Il a donc une saveur particulière ».
Pas rassasié pour autant, le couple dans les airs comme sur le sol ferme souhaite bientôt atteindre les 200 participants : « Un obstacle de taille, c’est que chacun doit payer pour en faire partie et les coûts d’entrainement ajoutés à la sélection et au record sont élevés. En l’absence de sponsor et soutien financier sur ces records du Monde FAI, nous perdons régulièrement l’opportunité de compter sur l’ensemble des experts mondiaux en freefly ».
Lors de ce record à Chicago, 25 nations étaient représentées. Ce qui démontre l’universalité de ce sport qui rassemble. « C’est génial d’avoir toutes ces nationalités, ces cultures, ces religions différentes réunies pour atteindre un objectif commun », rembobine Karine, avec une satisfaction affirmée.
Et le secret de leur réussite se trouve peut-être là. Car Karine et Greg possèdent non seulement le talent pour unir autour d’eux les meilleurs spécialistes mondiaux, véritables modèles pour toutes les générations, mais leur simplicité, leur humilité et leur disponibilité sont autant de qualités et d’atouts pour rassembler. On se dit alors qu’ils n’ont pas fini de voler de record en record. De titre en titre. Car cette nouvelle prouesse n’est en réalité qu’une étape. Pas l’aboutissement d’une immense carrière débutée il y a 17 ans…

« Faire carrière dans le parachutisme.
Mais, je suis trop vieux »
Tout a commencé par une question. Simple. Banale. « Greg, as-tu des regrets dans la vie ? », lança Karine à son compagnon un beau jour de 2008. La réponse fuse. Presque sur le ton de la boutade : « Faire carrière dans le parachutisme. Mais, je suis trop vieux ». Un éclat de rire plus tard, Karine, très sérieuse, a alors répliqué : « Mais pas du tout. Donnons-nous la chance d’atteindre cet objectif… »
Voilà les premières lignes de l’histoire d’un couple qui voulait décrocher la lune. Et qui a touché les étoiles. Littéralement. Karine Joly et Greg Crozier ont suivi la leur. La bonne. Celle qui leur a permis d’atteindre le 7e ciel. Et qui les a guidés vers le chemin d’un palmarès parmi les plus importants du sport français.
Karine et Greg se sont alors émancipés des chaînes qui les retiennent au sol. De tout ce qui les ancre solidement au plancher des vaches. Tous deux pourtant solidement installés à Monaco changent littéralement de vie. Designer d’intérieur, Karine s’occupera désormais du domaine artistique de l’équipe. Greg, capitaine de bateau, met le cap vers la chute libre. Plus de retour en arrière possible. Plus de parachute de secours. « Nous n’avions jamais intégré la notion de compétition dans nos vies respectives. Mais nous étions d’accord. Et ça change tout : quand on prend une décision ensemble, on va droit devant. Sans l’autre, on ne va nulle part ! »
Encore faut-il donner une structure à cette équipe. En octobre 2008, avec AirWax Freefly, Karine et Greg trouvent chaussure à leur pied. Ils s’engagent et remportent leur toute première compétition, le championnat de France 2009.
Oui, mais voilà, comme le dit l’adage, il est difficile de devenir prophète en son pays. Le plus dur commence finalement…
Vainqueurs de la Coupe
du Monde, oui mais…
Si le duo peaufine ses figures à travers des entraînements intenses et répétés, si Greg et Karine se forment aussi en soufflerie, tout le monde ne voit pas d’un bon œil leur ascension. Ou leurs chutes libres de plus en plus perfectionnées. Soignées. Magnifiques.
Le freefly fait une avancée considérable, un bond en avant comme jamais grâce à eux.
Perfectionnistes, rigoureux, visionnaires et, en symbiose totale, ils apportent une touche technique et artistique comme on n’avait jamais vu dans la discipline. « Sur les plans artistique et de la créativité, ça ne s’arrête jamais. Nous regardons les prestations du Cirque du Soleil pour nous en inspirer, quand on va voir un spectacle, on en discute. Ensuite, on reproduit les figures, on les fait évoluer, nous sommes en permanence dans la recherche », expliquent-ils en chœur là aussi. « Et puis, on se comprend en se regardant. Quelquefois, nous sautons ensemble, sans compétition, juste pour le fun. Et on réalise des figures », glissent-ils dans un éclat de rire.
Leur signature se distingue alors. Leurs performances marquent les esprits. Mais, en 2012, lorsque la Coupe du Monde se profile, la fédération est aux abonnés absents. « Nous étions hors délégations, la fédé n’avait pas voulu nous soutenir, nous n’avions même pas les survêtements de l’équipe de France. Et on gagne, sourit Greg Crozier. Alors, on a été la cible de nombreux tirs. Certains atténuaient notre performance, ‘’c’est une Coupe du Monde pas un Championnat du Monde’’. Cette période fut très difficile… »
Toutefois, leurs détracteurs ne se doutaient pas qu’en voulant les affaiblir, ils allaient renforcer leur détermination.
Champions du Monde, il n’y a plus de oui mais…
Karine et Greg se remettent au travail. La recette est la même : « Beaucoup de rigueur, de concentration, et de coordination… ».
Et la cerise sur le gâteau arrive en octobre 2018. En Australie. Avec leur complice de toujours et vidéaste Baptiste Welsch, Karine Joly et Greg Crozier se présentent sur la ligne d’envol du Championnat du Monde. La tension, évidemment, est bien là. Mais sept sauts brillamment exécutés plus tard, la médaille d’or est enfin à leur cou et la Marseillaise peur retentir en Océanie. « Avoir réalisé une telle performance, qui plus est en Australie, au-dessus de paysages extraordinaires de la Gold Coast, c’était une vraie consécration pour nous. Un aboutissement de dix ans de travail, une libération totale. Absolue. Il n’y avait plus de ‘’oui, mais…’’. C’était vraiment exceptionnel ».
Depuis, Karine et Greg enchaînent les titres. Empilent les records. Avec leur immense sourire et leur gentillesse de tous les instants, ils sont désormais les meilleurs ambassadeurs d’une discipline qui intrigue, fait rêver et, a contrario, est encore peu connue. Mais une chose est sûre, aujourd’hui, Greg n’a plus de regret dans la vie. Et c’est grâce à Karine…
Un record de nuit qui les met dans la lumière républicaine
Nous sommes le 22 mars, en Arizona, lorsque deux avions décollent dans la nuit.


Un silence s’installe dans l’appareil. On n’entend que le moteur qui rugit. « Nous n’avions jamais participé à des vols de grande formation. De plus, il est interdit de placer des engins pyrotechniques dans un avion. Et au contact de l’oxygène, encore moins. Nous devions transgresser toutes ces règles… », se souviennent Karine Joly et Greg Crozier.
La tension, forcément, est à son comble lorsque les deux appareils atteignent les 5 500 mètres d’altitude. « Nous nous sommes levés avec nos combinaisons fluorescentes, face à la porte. Prêts à déclencher nos engins pyrotechniques. Quand le signal a été donné, c’était Noël ! De la lumière de partout, la lune en arrière-plan, tout était réuni pour ce moment extraordinaire. Des gens ont appelé les autorités, ils pensaient qu’une météorite allait percuter la terre », éclatent-ils de rire. « Après ce record historique, nous avons été sollicités par tous les médias. Et invités à l’Élysée ».
En effet, grâce à ce record mêlant performance et esthétisme, sport extrême et beauté artistique, le président de la République, Emmanuel Macron, les reçoit le 30 avril 2024. Il leur remettra une lettre de félicitations et d’encouragements quelques jours seulement avant de porter, le 18 juin, la flamme olympique de Paris 2024. « C’est une fierté totale de franchir les portes de l’Élysée et d’être reçus par le président en qualité de sportifs de haut niveau. Nous avons offert au président le poster du 1er record du Monde de nuit de l’histoire », décrit Karine, « d’autant que je suis réserviste de l’armée », poursuit Greg.
Enfin, le 8 août, ils sont invités personnellement à Londres pour une journée avec Tom Cruise. Karine et Greg, eux aussi, avaient rempli tant de missions impossibles…
Ambassadeurs au grand cœur
Greg Crozier et Karine Joly sont non seulement des sportifs de haut niveau qui promeuvent leur discipline, mais ils possèdent un grand cœur.
Avec leur association Artistic Skydiving, ils invitent les malvoyants de l’association Arc-en-Ciel à découvrir la chute libre en soufflerie.
Avec leur projet ULTIMATE 4D, lancé en 2022, grâce à l’Oculus 3D et aux souffleries iFLY de Lyon et Marseille, ils permettent à tous - jeunes, personnes âgées, en situation de handicap - de vivre la sensation d’un saut en parachute en réalité virtuelle au-dessus de sites normalement interdits de survol.
L’Everest pour le 10 000e saut de Greg
Comment célébrer le 10 000e saut de Greg ? « L’idée est venue d’un ami saoudien également Champion du Monde de parachutisme, qui avait réalisé des missions dans l’Himalaya. J’ai trouvé ça génial, mais il a fallu dix mois de préparation. Et après avoir réussi à réunir toute la logistique et le matériel nécessaire et passé les 10 jours d’acclimatation indispensables à la réussite du saut nous avons été cloués au sol durant trois jours dans l’attente de compléments d’autorisations demandés par les autorités en dernière minute ». Elles parviennent enfin le 15 novembre. Greg, les larmes aux yeux, grimpe dans l’appareil avec une immense pensée pour sa maman, partie au paradis quelques jours avant. Très ému, la sensibilité à fleur de combinaison, il évoque ce moment magique. « On m’a offert la place du roi, face à la porte de l’hélicoptère, qui est monté à 7 000 mètres, la limite de ses possibilités. On s’est placé face à la montagne, est on s’est lancé. A fond. C’est tout ce qu’on aime. Sincèrement, c’était colossal… »
Leurs premières fois
La Première rencontre

Karine, lyonnaise de naissance, effectuait pas mal de sauts sur le site du club de Lyon, réputé en la matière. Mais elle étudiait à cette époque et n’avait que peu de disponibilités.
Greg, de son côté, était à la barre des bateaux. Originaire de Saint-Etienne, il a profité d’une journée de repos pour sauter lui aussi.
« Ces après-midis de libres étaient très rares. Alors, nous croiser… Pourtant, nous nous sommes vus. Nous avons mis 24 heures pour nous approcher. Nous sommes restés connectés et, quand Karine est rentrée du Brésil en 2007 et voulait s’installer dans le sud de la France, je suis devenu son point de repère. Je l’ai aidée à s’installer ».
Il a fallu ensuite attendre cinq ans pour leur premier baiser…
Premier saut
Greg : « Ce fut très long. Toute une journée à attendre, à répéter de manière théorique tous les cas qui pouvaient se présenter. Pire, après cette formation, le saut a été reporté au lendemain. On était là, en bout de piste, à voir tout le monde effectuer le premier saut. On avait hâte. Mais quand il a fallu grimper dans un tout petit avion, ce fut une autre paire de manches. Il y avait un bruit terrible à l’intérieur, les odeurs de kérosène, on a envie que la porte s’ouvre. Mais, quand ce fut le cas, ce fut hyper impressionnant. On est alors très concentré, on réalise qu’on vient de sauter en parachute. Cet instant est tellement fort émotionnellement. Malgré la peur. Il faut environ une trentaine de sauts pour qu’elle disparaisse vraiment.
Karine : « Ma famille a eu la bonne idée de m’offrir un saut en parachute pour mes 18 ans. C’était au centre de Lyon. Lorsque j’ai réalisé ce saut, j’ai tout de suite été subjuguée. Envahie par les émotions. Le plus fort ? La chute libre… Je n’avais plus qu’une seule chose en tête : revivre ça ! »
Première peur ou stress
Greg : « J’ai du stress parfois, à vrai dire à chaque fois que je me lance dans une performance nouvelle et que les paramètres sont différents. Comme sortir de sa zone de confort est devenu quelque chose de normal, ça m’arrive donc souvent ».
Karine : « Lors d’une ouverture pendant un entraînement de compétition. La personne chargée de replier la voile a commis une erreur, car la voile ne s’est ouverte qu’à moitié (ou que d’un côté). J’ai été secouée dans tous les sens, je voyais ma voile au-dessus qui s’agitait. Je n’arrivais pas à bouger ma main pour effectuer la procédure d’urgence ! Heureusement, elle a fini par se stabiliser et tout s’est bien terminé ».
La Première rencontre
Karine, lyonnaise de naissance, effectuait pas mal de sauts sur le site du club de Lyon, réputé en la matière. Mais elle étudiait à cette époque et n’avait que peu de disponibilités.
Greg, de son côté, était à la barre des bateaux. Originaire de Saint-Etienne, il a profité d’une journée de repos pour sauter lui aussi.
« Ces après-midis de libres étaient très rares. Alors, nous croiser… Pourtant, nous nous sommes vus. Nous avons mis 24 heures pour nous approcher. Nous sommes restés connectés et, quand Karine est rentrée du Brésil en 2007 et voulait s’installer dans le sud de la France, je suis devenu son point de repère. Je l’ai aidée à s’installer ».
Il a fallu ensuite attendre cinq ans pour leur premier baiser…
Premier saut
Greg : « Ce fut très long. Toute une journée à attendre, à répéter de manière théorique tous les cas qui pouvaient se présenter. Pire, après cette formation, le saut a été reporté au lendemain. On était là, en bout de piste, à voir tout le monde effectuer le premier saut. On avait hâte. Mais quand il a fallu grimper dans un tout petit avion, ce fut une autre paire de manches. Il y avait un bruit terrible à l’intérieur, les odeurs de kérosène, on a envie que la porte s’ouvre. Mais, quand ce fut le cas, ce fut hyper impressionnant. On est alors très concentré, on réalise qu’on vient de sauter en parachute. Cet instant est tellement fort émotionnellement. Malgré la peur. Il faut environ une trentaine de sauts pour qu’elle disparaisse vraiment.
Karine : « Ma famille a eu la bonne idée de m’offrir un saut en parachute pour mes 18 ans. C’était au centre de Lyon. Lorsque j’ai réalisé ce saut, j’ai tout de suite été subjuguée. Envahie par les émotions. Le plus fort ? La chute libre… Je n’avais plus qu’une seule chose en tête : revivre ça ! »
Première peur ou stress
Greg : « J’ai du stress parfois, à vrai dire à chaque fois que je me lance dans une performance nouvelle et que les paramètres sont différents. Comme sortir de sa zone de confort est devenu quelque chose de normal, ça m’arrive donc souvent ».
Karine : « Lors d’une ouverture pendant un entraînement de compétition. La personne chargée de replier la voile a commis une erreur, car la voile ne s’est ouverte qu’à moitié (ou que d’un côté). J’ai été secouée dans tous les sens, je voyais ma voile au-dessus qui s’agitait. Je n’arrivais pas à bouger ma main pour effectuer la procédure d’urgence ! Heureusement, elle a fini par se stabiliser et tout s’est bien terminé ».
Leurs rêves
Karine : « Tourner des scènes de cinéma. Sauter au milieu d’objets, de motos, camions, voitures… »
Greg : « Sauter au-dessus de Paris pour un
14 juillet ».
Leur terrain de jeu

Égypte : pyramides (de jour et de nuit)
Mexique : Chichen Itza
Australie : Ayers Rock,
Grande Barrière de Corail, Dunk Island
Polynésie : Bora-Bora, Moorea
Brésil : Lençóis do Maranhenses,
chutes d’Iguaçu
Suède : côtes vikings
Sénégal : delta du Saloum
Îles célèbres : Seychelles, Maldives, Bali, Guadeloupe, Cozumel, Texel, Chale, Crète, Corse, Sicile, Archipel
de Los Roques (Vénézuela)
Déserts : Namibie, Arizona, Dubaï, Koweït, Bahreïn
Volcans et montagnes : Etna, Mont-Blanc (Megève, Carroz), Atlas marocain
Villes : Lyon, Marseille (projet Ultimate 4D), Monaco, Saint-Étienne et Rio
USA : records dans 3 états sur 7 visités
Autres : Canada, Costa Rica, Israël, Afrique du Sud, République Dominicaine
Palmarès
Plus de 17 500 sauts cumulés
(10 000 pour Greg, 7 500 pour Karine)
24 records du monde à eux deux
Champions du monde de Freefly (FAI)
Vainqueurs de la coupe du monde (FAI)
Plus de 10 ans sportifs de haut niveau et 5 ans membres des équipes de France de parachutisme
Entraîneurs, coachs et conférenciers à travers leur société AirWax
Figures internationales du vol humain
Chevaliers de l’Ordre National du Mérite




