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LES CORDINIER : une famille de haut vol

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  • 29 déc. 2025
  • 11 min de lecture

Par Gaëlle Belda

Photos : FONDS PERSONNEL FAMILLE CORDINIER

 

Chez les Cordinier, on est médaillé olympique de père

en fils. En effet, Stéphane a glané le bronze avec le hand

au Japon, Isaïa, lui, a ramené l’argent de Paris avec le basket. C’était (presque) une évidence tant cette famille est un incubateur de talents. Ici, on élève des graines de star.

Des futurs champions. Les Cordinier nous reçoivent chez eux, à Carros. 

 

Banksy n’est pas là par hasard. Sur le mur du salon, son personnage arrache un anneau olympique sur fond or. Ici, l'œuvre prend tout son sens : dans la famille, aller chercher une médaille aux JO, on sait ce que ça veut dire. Et on fait ça dans les règles de l’art. Chez les Cordinier, on marche au mérite. 

Ici, tout le monde joue à haut niveau. Pour ne pas dire : au plus haut niveau. Christelle, Stéphane, Isaïa et Salomé ne dribblent pas tout à fait sur les mêmes parquets - les parents, c’est le hand, les enfants, le basket - mais ils partagent le même amour du jeu et de l’effort.

Dans leur appartement carrossois, on parle valeurs, courage et hargne. On prône l’humain, le plaisir et la famille.  

Il y a la passion aussi. Évidemment. Elle aura d’ailleurs joué les entremetteuses. Christelle et Stéphane ont 14 ans et un joli niveau en handball quand ils se rencontrent. Ils font alors leurs armes à Créteil, dans le même club. Ils sont potes. Il se souvient : « Vers 17 ans, elle jouait en équipe 1, division 1 et j’étais capitaine en équipe de France junior. Parfois, pour s’entraîner, on affrontait les filles… mais on n’osait pas les toucher ! Notre coach nous engueulait ! » Ils rient. Christelle enchaîne :

« Nous, on n’avait pas peur du contact ! Mais ça nous arrangeait bien. On en profitait ! » Entre deux accros sur le parquet, leurs cœurs se sont liés. 


 

Deux trajectoires

« Quand on joue titulaire à haut niveau, faut s’accrocher », glisse Christelle Cordinier. À 15 ans, elle s’était déjà fait les croisés.

À 21 ans, c’est le ménisque. Si le mental s'agrippe, le corps ordonne parfois autre chose. En parallèle, elle est en Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives) mais manque le concours de prof d’Eps de 8 points… « Fini le hand, le projet de devenir prof de sport. Enceinte d’Isaïa, je décide de bosser plusieurs heures par jour, pour préparer le concours d’instituteur. » Son objectif est clair : enseigner, avoir du temps pour ses enfants - Isaïa naît en 1996, Salomé en 1999 - et faire du mieux qu’elle peut « pour les accompagner vers leurs rêves ». Aujourd’hui, elle dirige une école à La Gaude.

Stéphane, lui, enchaîne les compétitions. « Je suis le premier joueur de Créteil, nommé à Créteil, qui joue en équipe de France. » En parallèle, il passe son diplôme d’éducateur sportif et décroche un contrat avec la Ville. Il doit gagner sa vie. « Et puis, Jean-Claude Tapie, président du club, donne l’impulsion… Un jour, on vient me voir et on m’explique qu’en plus du short et du sac, on va me donner un peu de sous. J’ai écarquillé les yeux : ah oui ? Pour jouer au ballon ? Ok. » Ce sont les premières fiches de paie de l’histoire du handball français. A partir de là, le club attire de très beaux joueurs. L’aventure sportive de Stéphane Cordinier - entamée dès l’âge de 7 ans - se professionnalise et prend une tout autre envergure. 

 

« On ne triche pas

avec la passion »

Il se souvient de ses coachs, tout droit débarqués des Balkans. Comme Mile Isaković. « Quelqu’un d'incroyable. Rigueur, discipline, travail acharné… » Stéphane Cordinier a les yeux qui brillent. Un sourire se dessine sur les lèvres d’Isaïa - en visio depuis Istanbul - et Salomé boit ses paroles. En 1993, donc, il passe au PSG Asnières pour six années « fantastiques ». Il est sélectionné 72 fois en équipe de France. En 1996, ils sont vice-champions de France. Aux JO d’Atlanta, ils terminent à la 4e place. En 1997, médaille de bronze au Japon. On en passe… « On n’a jamais gagné mais alors, que de souvenirs incroyables ! » 

En 1998, il rejoint le club allemand du TV Niederwürzbach mais, rapidement, des soucis financiers entachent l’ambiance générale et le quotidien. « On est en 1999, tout se complique un peu. Salomé est dans le ventre de sa maman. Je décide d’arrêter… »

Il a 29 ans. « On ne triche pas avec la passion », dépose-t-il, ses yeux dans ceux de Christelle. « J’ai toujours dit que le jour où je traînerai la patte pour aller à l'entraînement, je laisserai ma place. »

Retour en France. Ou presque. Direction Monaco comme entraîneur. Très vite, il intègre un poste d’éducateur sportif à Beausoleil - où il est toujours. « Et puis, on fait appel à moi en Martinique, mes terres d’origine. » Salomé a 7 ans, Isaïa 10. Le basketteur prend la parole : « Quand nos parents nous ont annoncé le départ, on a pleuré ! Et ils nous ont dit : vous verrez que quand il faudra rentrer, vous pleurerez aussi… Et on a pleuré. » Salomé confirme : « Là-bas, on a renoué avec nos racines, on a beaucoup appris. On est devenus curieux, ouverts. » Son frère acquiesce : « On est super reconnaissants d’avoir pu vivre ça. »

 

La relève

« C’est d’ailleurs en 2003, en famille, que je découvre le basket. On joue avec une sorte de ballon de plage et c’est la première fois que je vois un panier… j’ai trop kiffé ! » Ses parents l’inscrivent au club de Vence. Avant ça, il a dû faire un trimestre de judo, un an de hand… « Un jour, en revenant de colo chauffé à blanc par des copains qui me disaient d’arrêter le basket parce que j’étais trop fort en foot, j’ai voulu le faire… » L’essai n’a pas été bien concluant. Ils rient. Retour au gymnase. Son père rebondit : « On a toujours considéré que le sport était essentiel à l’équilibre d’un enfant donc on voulait qu’ils fassent du sport. Peu importe quoi. Ils avaient le choix. »

En Martinique, à 12 ans, Isaïa intègre le pôle espoir basket. Salomé marque ses premiers paniers. Elle rougit. « Mon frère, c’est un exemple. Je voulais faire tout ce qu’il faisait, c’est vrai. » Elle est douée. D’ailleurs, à leur retour sur la Côte d’Azur en 2009, elle joue à Saint-Laurent avant d’être repérée par un coach niçois alors qu’elle est en U13. Isaïa est au centre de formation d’Antibes depuis 2010. Elle rejoint le Cavigal pour deux ans en U15 France. Elle est prise aux tripes.

« Championnat de France… je me dis que ça y est, mon objectif est vraiment le même qu’Isaïa. » Puis c’est le centre de formation… U18, U20. 

 

Passer pro

Stéphane Cordinier rebondit : « On ne pousse pas. Mais quand les enfants ont commencé à nous dire : je veux être pro. Alors là, ça a été différent. On leur a répondu : ok, donc à partir de maintenant on va mettre en place un mode de fonctionnement qui peut vous mener à ça. »

Christelle se revoit au volant du minibus qui mène ses enfants aux matchs et à tout ce temps passé en tribune. « J’étais prête pour tout ça. J’ai adoré ça. Et puis, on sait trop bien ce qu’ils ressentent une fois sur le terrain… les papillons dans le ventre, la joie, l’émotion. » Stéphane enchaîne : « Avec le sport, on vit des choses rares. Des larmes, des frissons. Les JO, évidemment, c’est le Graal. C’est un moment suspendu. » Cette fois, c’est Salomé qui poursuit : « Quand Isaïa a passé le quart de finale en 2024 (lire par ailleurs) et qu’on s’est retrouvés chez mamie, à Créteil, à se marrer et à grignoter des trucs… en se disant qu’il allait peut-être avoir une médaille - et il a eu l’argent. C’était incroyable. »

Elle marque une pause : « Ils ne nous ont jamais forcés, c’est vrai. Ils nous ont soutenus et suivis. Mais attention, la priorité, c’était d’abord l’école… Si on ne bossait pas, pas de sport. » Isaïa confie : «  On a conscience, tous les deux, qu’on a une chance énorme d’avoir les parents qu’on a. Que sans eux, on n’en serait sûrement pas là. » Leurs parents sourient, complices : « Nos efforts n’auront pas été vains ! »


« Nous élever, les élever »

Elle a 17 ans quand elle  marque ses premiers paniers pro contre Montpellier. Salomé explique : « C’est compliqué pour les filles d’épouser une carrière pro. C’est précaire. J’ai choisi de poursuivre mes études… et un Français, drafté par la NBA m’a offert l’opportunité d’aller aux États-Unis. » Pendant un peu plus de 4 ans, elle joue au basket et elle étudie. A l’issue, elle rejoint la Lituanie… « Première année pro, première année en tant que meneuse… ça a été très dur mais ça a été la saison la plus formatrice de mon parcours. » Ils veulent la garder mais elle a envie de rentrer… Elle a des études à boucler. Salomé se spécialise en psychologie du sport. Côté basket, elle s’engage en Nationale 2 à Monaco mais n’y trouve pas son compte. Elle rejoint la N3 de Vence.

« Mon objectif, en France, c’est la N1. Mais à ce moment-là, j’ai besoin de retrouver du plaisir. » Elle se régale, se remet en jambe… et se blesse. Les croisés. Elle vise la reprise en 2026.

Isaïa, lui, déroule un palmarès remarquable. Evreux, Denain, Antibes, Nanterre, l’équipe de France - 44 sélections -, draft de la NBA en 2016 - 44e position, par les Hawks d’Atlanta - Bologne - il remporte notamment le championnat italien - et aujourd’hui le club Anadolu Efes en Turquie… Marié à une jeune femme formidable, dont il est épris depuis la Terminale, Isaïa Cordinier est un sportif solide et serein. « J’ai couru après beaucoup de choses. Aujourd’hui, je veux être performant pour moi, pour mon équipe. Que l’on remporte de beaux titres. » Il veut transmettre aussi. Cet été, il a ouvert son premier camp basket, chez les Sharks d’Antibes, son club de cœur (lire par ailleurs). « On a fait ça avec un de mes meilleurs amis - Timothé Luwawu-Cabarrot. C’est un truc qu’on avait en tête depuis longtemps et auquel Salomé a participé, d’ailleurs. »  Pour elle aussi, la transmission c’est précieux : elle coache des équipes à l’Olympique Carros Basket-Ball - U11, U13 masculins - et elle a de beaux résultats. Stéphane Cordinier souffle : « Ce n’est pas un rôle facile. Transmettre une passion, des valeurs, développer l’esprit d’équipe, le fair-play, la discipline. Mais Salomé a ce truc… »

Quand leurs enfants prennent la parole, Stéphane et Christelle veillent à ne pas intervenir. S’il y a du tempérament chez les Cordinier - « Faut pas jouer avec nous à des jeux de sociétés, on veut gagner… c’est évident. » -, il y a surtout beaucoup de tendresse et d’admiration. « Cette forte appétence que nous avons eu pour le sport nous aura vraiment permis de nous élever… et de les élever.” Stéphane Cordinier prolonge : « Le parcours d’un sportif est puissant et exceptionnel. C’est merveilleux de les voir vivre ça… Et puis, ils nous font sacrément voyager !” Au sens propre, comme au sens figuré…

 

 

Antibes, la naissance et la renaissance

 Par ÉLODIE TELIO

 

On entendrait voler une mouche… Pas un bruit. Pas un mot. L’attention est à son comble. Chacun des jeunes basketteurs et basketteuses de 13 à 17 ans participant 1ère édition du Cordinier Basketball Camp écoute chaque conseil, chaque directive de la star du basket français. De leur star. Tous rêvent de devenir, un jour, le prochain Isaïa Cordinier.

Alors, la mise en application se fait au détail près. Le staff mis en place par Isaïa, tels des mécanos dans un stand de Formule 1, peaufine les exercices et « réparent » les gestes défectueux.

Désormais, les voix se font entendre, les ballons résonnent sur le parquet de la mythique salle Foch, anciennement Salusse-Santoni, le temple du basket antibois.

« C’est là où j’ai grandi. En tant que personne et en tant que basketteur », rembobine le désormais ancien joueur de Bologne, qui a signé au club turc de la Anadolu Efes Spor Kulübü.

Le lieu de sa naissance. Et de sa renaissance.

 

Année blanche

Isaïa a connu ses premiers émois ici, dans cette salle antiboise qui vibre encore des exploits passés.  Mais il y a aussi rencontré les difficultés. Les souffrances. Nous sommes en pleine saison 2017-18. Avec son talent, il est la cheville ouvrière des Sharks. Ses genoux, eux, flanchent de plus en plus. Cinq ans que les douleurs chroniques handicapent son corps et font claudiquer ses prestations.  Les forfaits se multiplient : pas de fin de saison en championnat de France, pas d’Euro U20. Les protocoles de soins aussi. Mais la douleur est toujours. Tenace. Lancinante.

« J’avais deux tendinopathies chroniques qui ne passaient plus. Il fallait passer par une opération », se souvient-il. Mais cette décision sans appel d’Isaïa Cordinier doit l’éloigner des terrains pendant un an. Un délai si long que le basket français doute. Pas lui. Le premier joueur de Pro B de l’histoire à être drafté en NBA (en 44e position par Atlanta en 2016) doit se ressourcer. Et où de mieux que chez lui, à Antibes ? Et avec qui de mieux qu’un de ses anciens coachs, Christian Corderas, responsable du centre de formation des Sharks ?

Les séances sont longues. Fastueuses. D’abord, « assis sur une chaise devant un panier », explique ce dernier, avant de redevenir un basketteur debout. Fier. Grâce à un travail rigoureux, précis, de l’entraîneur-rééducateur.

Et même s’il avoue, avec le recul, avoir parfois cédé au doute, la détermination, la force de détermination, son côté bosseur, son mental de fer lui permettent de retrouver les planchers et les paniers. C’était le 19 octobre 2018, sous le maillot des Sharks d’Antibes, évidemment !

 

 « Je souhaite transmettre

à la jeunesse ce que j’ai pu recevoir par le passé »

Alors, forcément, le regard qu’Isaïa porte sur ces basketteurs en herbe revêtus de cette tunique est plein de tendresse. Comme leurs yeux sont emplis d’admiration. Il raconte cette résilience qui fait partie du bagage professionnel.

« À travers ce camp, je souhaite transmettre à la jeunesse ce que j’ai pu recevoir par le passé. L’objectif est d’échanger sur les valeurs nécessaires et aider aux développements individuels pour pouvoir viser le plus haut niveau. Il me tient à cœur de partager cette passion du basketball, le goût du travail, de la compétition, et le plaisir de devenir meilleur chaque jour ».

Source d’inspiration, passeur de motivation, ces jeunes désirent plus que tout planter leurs baskets dans les traces laissées par Isaïa Cordinier. Peut-être, un jour, l’un d’eux grimpera sur le mont Olympe…

 

 

Isaïa s’est fait un prénom en argent

Le mont Olympe connaît mieux que quiconque les Cordinier, chercheurs d’or de père en fils. Mais s’ils n’ont jamais réussi à grimper jusqu’au sommet, Stéphane et Isaïa sont parvenus à monter sur le podium.

 

Le papa, handballeur international, a glané le bronze. Le fils, lui, a conquis l’argent à Paris avec les basketteurs français. Et cette deuxième place, les Bleus la doivent beaucoup à Isaïa. L’Antibois, en effet, a été le facteur X des hommes de Vincent Collet.

Personne n’aurait même mis une pièce sur leurs chances lors de la phase de qualification avant qu’Isaïa ne sorte du banc pour brûler le plancher de Bercy. Jusque-là, ils balbutient leur basket. Un parcours semblable à des montagnes russes avant le que le grand 8 ne montre la voie. Droite. En balayant chaque obstacle se présentant devant les Tricolores à partir des matchs à élimination directe.

Entré dans le cinq majeur de Vincent Collet, la confiance plein la tête et, surtout, la détermination, la motivation qui transpirent sur ses coéquipiers changent tout.

En quart de finale, Isaïa scie à lui tout seul - ou presque - la branche des bûcherons canadiens. Auteur de 20 points, le numéro 8 en inscrit dix en trois minutes. Les Canadiens ne s’en remettront jamais…

En demie, c’est encore lui qui procède à la mise en bière des Allemands. Il plante 16 points et ne tremble pas au moment d’inscrire les deux lancers de la gagne.

 

L’hommage des Américains

Isaïa Cordinier et les siens crèvent tellement l’écran que la France tout entière se met à rêver à un exploit face à la Dream Team de LeBron James. Bercy, plein comme un œuf et fier comme un coq, pousse comme un seul homme.

Oui, mais voilà, chat échaudé… Les Américains réservent un traitement de faveur à Isaïa. Ils l’enferment dans des « boîtes ». Défendent comme des diables. Et plongent les Français en enfer alors qu’ils étaient revenus à trois petites longueurs à moins de trois minutes de la fin. Avant que Stephen Curry démontre qu’il est bel et bien le meilleur shooter NBA de l’histoire.

Bien sûr, les larmes des Bleus donnent un goût amer à cette défaite. À cette désillusion à domicile.

Isaïa, le Superman tricolore, a pourtant été salué par Les Avengers.

Kevin Durant, superstar NBA a ainsi lancé : « Isaïa... Cor-di-nier ? On dit bien comme ça ? Il joue de façon incroyable ».

Quant à Carmelo Anthony, ancien ailier des Knicks de New York et triple champion olympique en 2008, 2012 et 2016, il a pris dans ses bras ce joueur en or.

Pourtant Isaïa doit se contenter de l’argent. Pas de première marche. Pas de Marseillaise. Mais la bise de Stéphane. Lui sait mieux que quiconque le prix d’une breloque olympique. Et, avec cette médaille, Isaïa a fait la gloire de son père…

 
 
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