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CHRISTOPHE PINNA : Le combat de sa vie

  • il y a 2 jours
  • 7 min de lecture

Combat ultime. Bataille intime. Pour s’évader de cette cellule qui emprisonne son âme. Empoisonne son corps. Après avoir mené Jany et Georges, ses parents, dans le long couloir jusqu’à la mort, cette saloperie de cancer s’attaque, cette fois, au fils prodigue.

PAR SÉBASTIEN NOIR

PHOTOS FONDS PERSONNELS : CHRISTOPHE PINNA

 

Le diagnostic est sans appel : Christophe Pinna, Niçois champion multi titré de karaté, souffre d’une des formes les plus terribles de cette maladie. Le colon est touché. Mais c’est surtout la tête qui encaisse. Seul, sur son lit d’hôpital, il cogite. S’agite. Débite les grands moments de sa vie. L’heure est-elle au bilan ? Christophe en éprouve le besoin en tout cas. Il réfléchit. Écrit. Couche sur papier tous les caps qu’il a franchis et qui l’ont mené jusqu’à cette cinquantaine encore rugissante (il aura 60 ans en 2028). Et pendant qu’il se dirige vers celui de Bonne Espérance, fonçons toutes voiles dehors vers les ports d’attache d’une existence bien remplie. Cette fois, la lumière est au bout du tunnel…

 

 1985

Le choc. L'année de toutes les tristesses. Celle, aussi, de tous les dangers. Nous sommes à l'approche des fêtes de Noël, Christophe a 16 ans et demi. Jany, la maman qui adoucit les difficultés, aide à franchir les obstacles, réconforte dans ses bras le garçon qui n'est pas encore un homme, monte au paradis. Christophe descend en enfer. Son père lui confie les clefs de la maison. Le trousseau pour ouvrir sa nouvelle existence. Mais lui s'enferme à double tour dans la peine. La colère. « J'étais en train de chuter, j'avais perdu ma béquille. Je n'entendais plus sa voix. Il n'y avait plus les odeurs des petits plats qu'elle nous cuisinait. Le sac de sport et le goûter devant la porte et le kimono repassé. »

Le néant total. La souffrance totale. « Je frappais les sacs avec violence, j'en voulais à la terre entière. Il me fallait quitter Nice, couper avec cette douleur. Alors, je suis parti à Paris. »

Une vie d'errance débute. Pourtant, ne comptez pas sur lui pour se plaindre. « Je mangeais à l'Armée du Salut. Mais j'étais aux côtés de gens qui avaient perdu quelque chose. Moi, je cherchais quelque chose. Et, ça fait toute la différence ! Un jour, celui qui servait les plateaux me demande mon âge. 17 ans... Il me dit d'aller au Palais de la Femme où étaient accueillis les femmes violentées et les mineurs. Pour 1 franc, je mangeais beaucoup mieux », sourit-il, presque gêné. Il prend alors une décision : devancer l'appel. Sous les drapeaux, il hissera haut les couleurs niçoises : le militaire de l'air enchaîne les titres et retrouve le sourire. Il a perdu sa maman mais la mère patrie l'a pris sous son aile.

1993

Alger. Dans une drôle d’ambiance, Christophe Pinna remporte le titre des mi-lourds. En effet, il y a davantage de militaires que de spectateurs dans les tribunes du dojo. Peu importe, le Niçois grimpe sur la plus haute marche du podium. Et… « Au bout de trois notes de La Marseillaise, des soldats me sautent dessus, m’évacuent en voiture blindée. Barricadé à l’hôtel, je regarde la télé. Et là, je réalise : durant le week-end, il y a eu de nombreux attentats et les ressortissants français étaient visés. Certains ont été assassinés. Le lendemain, j’étais rapatrié en France par avion militaire ». Durant le trajet, Christophe prend également conscience d’une chose : il a enfin gagné un titre mondial mais il n’a pas encore réalisé son rêve : « devenir champion du monde toutes catégories » !

 

2000

Ce sera l’année du passage à l’heureux. L’année où la pièce tombe enfin du bon côté. Pile poil au moment où les médias voulaient lui faire perdre la face ! Pas un pour miser un petit billet sur ses chances : « Bien sûr, nous avions remporté les titres mondiaux par équipe avec les Bleus. Mais, personnellement, je n’arrivais pas à toucher le Graal en ‘’toutes catégories’’ et les journaux évoquaient une véritable malédiction, tout le monde affirmait que je n’y arriverai pas. Surtout qu’il s’agissait du dernier jour de compétition de ma vie sportive ».

Pourtant, le 14 octobre, à Munich (pour la première fois, le titre se joue en Europe), des centaines de Niçois et de Corses ont fait le déplacement pour encourager Christophe. Et lui dire au revoir…

« Et je gagne. Enfin. Je réalise le rêve de mon existence. Alors, je pense à ma mère, à mon père, qui était encore là à Munich », rembobine-t-il la voix encore nouée. Et puis, une dernière anecdote : « Un ami, Franck, me fait prendre conscience que le 14 octobre, c’est la Saint-Juste. Durant toute la préparation à ces mondiaux, je disais sans cesse, si la vie est juste… »

 

2005

« Je ne suis pas un animateur TV, je suis un éducateur sportif ». C’est avec ces mots en tête que Christophe Pinna devient prof de sport à la Star Académy. « Contrairement aux gamins du Loft, eux avaient une activité la journée. Et, surtout, ils n’étaient pas différents de moi plus jeune : eux aussi avaient un rêve, celui de devenir chanteurs. J’ai adoré être avec eux, les aider. Je vivais au château 24h/24, il m’est arrivé de les épauler hors caméras. Une de mes fiertés ? Aucun élève n’a jamais séché mon cours en

4 ans ! »

  

2025

Nous sommes en septembre. L’été tire à sa fin. Christophe se sent fatigué. Il ne comprend plus ce corps qui a dicté ses pas jusque-là. Usé. Épuisé. Il est convié à un rendez-vous « de routine » par un cardiologue. « Je suis arrivé à scooter, en short et t-shirt. Et là, on m’a dit, non, vous ne repartez pas, on vous opère en toute urgence demain matin ». Une nuit blanche et de nombreuses idées noires plus tard, une bonne nouvelle arrive : « On ne vous opère pas, on vous pose des stents ». Le diagnostic est moins lourd. Pourtant, le pire est à venir…

« J’étais toujours à bout. Au bout de moi-même. Je ne tenais plus debout. J’ai passé un examen et on m’a trouvé un cancer du côlon. Qui avait déjà traversé la paroi des muscles. On m’a dit qu’on allait opérer et voir après ».

Le karatéka est touché. KO debout. Les interrogations affluent dans un premier temps : « Le réflexe est de se dire pourquoi nous, alors qu’on a l’impression que ça n’arrive qu’aux autres. Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Ai-je mérité ça ? Pourquoi ça alors que je n’ai jamais bu, jamais fumé, toujours fait attention à mon hygiène de vie ? Et puis, j’ai pensé à mes parents. Ils sont partis à cause d’un cancer et, eux non plus, ne méritaient pas d’être atteints par cette saleté de maladie. Il était alors impératif d’arrêter de s’imaginer victime d’une injustice et passer par l’acceptation ».

 

 Avril 2025

Christophe Pinna est seul sur scène. Comme il était face à la maladie. Comme il l’était sur son lit d’hôpital, sur lequel il a eu le temps de cogiter. De faire le bilan d’une vie bien remplie. Couché par obligation, il a couché sur papier ses volontés qui, fort heureusement, n’était pas les dernières. « Nouveau round » et non dernier round, le titre de son spectacle, en dit long sur ce champion qui a remporté son combat ultime. Sa bataille intime. Alors, c’est bon de le voir sourire. Aux proches. Aux spectateurs. A lui-même. De voir ce corps, à nouveau rempli, musclé : « Je me suis toujours exprimé grâce à lui. Je ne pouvais plus. Je l’ai fait par écrit… »

Et c’est une belle réussite. Une belle rencontre. Avec tout ce beau monde venu l’écouter. L’encourager. Le féliciter. Christophe brûle les planches comme il consume enfin son existence. Un « nouveau round » pour une nouvelle vie.


Fin 2025 - début 2026

« Je n’ai pas peur de mourir. Mais de souffrir ! »

Christophe réalise. Accepte. Analyse. Il réunit son épouse. Ses enfants. « J’étais dans l’affolement. Combien de jours mes restait-il à vivre ? Alors, j’envisageais la fin de ma vie, je cherchais un service en Belgique ou en Suisse. J’ai dit la vérité à mes proches. Mais j’ai aussi accepté de suivre les prérogatives des docteurs. L’opération, la chimiothérapie, mais avec un protocole agressif, un traitement plus dur mais qui dure moins longtemps. Je leur ai promis d’aller au bout. Seulement une fois… Dans tous les cas, je ne retournerai plus à l’hôpital ».

Le champion ne pouvait plus voir ce monde de souffrance. De malheur. Il ne pouvait surtout plus se voir. Se regarder dans un miroir. Images à l’appui, il nous explique, la voix nouée et les pupilles humides : « Je ne pouvais plus manger. Marcher. J’avais énormément maigri. C’était terrible ».

Christophe n’est plus que l’ombre de lui-même. Une ombre qui le suit partout. Et pourtant, il n’aperçoit pas le soleil au-dessus de sa tête. « Le tunnel était sombre. Très sombre. Mais je m’étais fixé quelques petites lumières au bout. C’était le 31 mars. La fin de mon traitement ».

 

5 mai 2026

Il lui reste pourtant un dernier arbitre à convaincre. Son oncologue. La date était entourée de rouge sur son agenda. Juste à côté, en plus petit, et avec un point d’interrogation au bout, un mot. Simple. Mais si essentiel. « Rémission ? »

Un petit mot après un si grand maux. Mais qui n’arrive pas aussi vite qu’il le voudrait : « L’oncologue a mis du temps à le dire, alors que je n’attendais que ça. Et puis, il l’a lâché. Hélas, il a ensuite précisé que, si tout allait bien, le prochain contrôle, dans trois mois, serait décisif. Alors, bien sûr, je suis heureux. Surtout pour ma famille, pour moi aussi, car j’aime la vie. Mais j’ai encore cette épée de Damoclès sur la tête. Pendant au moins trois mois ».

Si la vie est juste…


"NOUVEAU ROUND"

Et non dernier round ! Le titre de son spectacle en dit long sur ce champion qui a remporté son combat ultime.

« Je me suis toujours exprimé avec mon corps, je ne pouvais plus. Alors, je l'ai fait par écrit. »


 
 
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