Guirec Soudée : La vie sans Monique, c'est le monde à l'envers !
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Le navigateur, rendu célèbre par ses aventures sur les flots avec sa poule Monique, vient de battre le record du tour du monde à l’envers contre vents et marées. Il raconte, pour le magazine Héros, sa vie d’aventures, de défis et d’exploits.
PAR THIERRY SUIRE

Rien ne tourne plus rond dans la tête à Guirec. Cinq ans de vie commune avec Monique, sa poule rousse, on y laisse des plumes... Alors, forcément, quand elle est partie au paradis des gallinacées, le navigateur s’est trouvé dans le creux de la vague. « Pas un jour ne passe sans que je pense à elle », confie-t-il. Pas un jour aussi sans qu’on ne lui parle d’elle. Alors, l’aventurier prend le large. Enchaîne les exploits. Plus impossibles les uns que les autres. Il mord la vie et défie la mort. Sur les flots, il est comme un coq en pâte. Maître à bord. Roi de son poulailler. En à peine plus d’un an, le Breton a bouclé le Vendée Globe puis battu le record du tour du monde à l’envers, contre vents et marées. 94 jours, 21 heures et 58 minutes à la barre de son trimaran MACSF.
Retour, avec lui, sur les grandes étapes de sa vie d’explorateur et d’aventurier des mers.

L’enfance ou l’île aux trésors
Cette île, c’est son repaire, son refuge. Quand on le contacte, mi-avril, un peu plus d’un mois après son retour triomphal, c’est là qu’il se ressource, entouré de sa femme et de ses deux enfants. Yvinec, face à Plougrescant (dans le nord Bretagne, entre Paimpol et Perros-Guirec) : c’est la matrice du navigateur, de l’homme, de son âme. Au programme : pêche, sport et partage de sa vie nature avec Manec et Maé (2 ans et demi et 4 ans).
« C’est cette île qui m’a façonné, qui m’a fait grandir, qui a fait ce que je suis aujourd’hui. Quand je vois mon fils Manec qui veut me suivre partout. Quand on va à la pêche, c’est lui qui repère les bouées, qui veut les attraper, relever les casiers. Mon esprit de liberté, d’aventure, d’autonomie, se dire que tout est possible… cet état d’esprit s’est construit clairement ici. Très jeune, mon père me laissait partir seul en mer pendant une journée entière sans se soucier de quoi que ce soit. Il avait confiance, j’avais de bonnes bases pour me débrouiller et faire les choses en sécurité. Les gens qui viennent pour la première fois sur l’île me disent : ‘‘Ah oui, je comprends pourquoi tu es devenu navigateur-aventurier’’.

Mon père détestait les écrans, on ne pouvait quasiment jamais regarder la télé, donc on était à l’extérieur et actifs tout le temps. J’ai très tôt compris que je n’aurai pas une vie ordinaire. Mon paternel naviguait avec le grand Eugène Riguidel, (il est d’ailleurs le parrain de mon Ultim et de mon IMOCA), il m’a fait rêver avec les histoires d’Eugène, j’étais fasciné par ses récits, les grands calmes plats, les poissons volants… L’aventure, je baignais dedans. Partir loin, passer la nuit en mer, découvrir de nouveaux pays, j’en rêvais. Depuis tout petit, je disais à mon père : un jour je partirai faire un tour du monde en bateau. Et puis, j’étais pas du tout scolaire. En tout, j’ai fait 13 écoles, j’avais la bougeotte, j’avais besoin de découvrir. Je m’ennuyais en classe. Le brevet, je n’y suis pas allé, ça ne m’intéressait pas. Alors, quand, à l’approche de mes 18 ans, j’ai annoncé à mon père que je partais en Australie. Il m’a répondu : ‘‘Fais ce qu’il te semble le mieux pour toi’’. »
Pêcheur en Australie
Sa première aventure. Sans filet. L’insouciance des 18 ans et la certitude d’y arriver. L’Australie a forgé l’homme, dessiné les contours de cet esprit aventureux. L’idée d’aller au bout de ses rêves.
« J’arrive là-bas, j’ai aucun contact, 200 euros en poche et je ne parle pas un mot d’anglais. Mais je suis serein (rires). J’enchaîne les petits boulots à droite, à gauche. Avec mon premier salaire, je m’achète un vélo. Avec ce vélo, je traverse tout le sud-ouest de l’Australie - un peu plus de 2 000 kilomètres -, je suis le roi du monde. Je bosse sur des bateaux de pêche pendant un an. C’est dur et dangereux mais j’arrive à cumuler un peu de pécule. Mon objectif, c’est d’apprendre l’anglais et de me trouver un bateau et de le remonter en France. Mais je ne trouve pas ce qu’il me faut et, après réflexion, je me dis que ce sera plus facile d’en trouver un en Bretagne et de partir de là-bas. Je rentre donc en France à 20 ans. J’achète un vieux bateau en acier que je croyais en bon état mais qui était un peu pourri. Je fais des trous dedans juste avant de partir. Les gens me mettent en garde : ‘‘C’est trop dangereux, tu n’as pas d’expérience sur des voiliers comme ça…’’ Mais, quand on me dit de faire un truc, j’ai plutôt envie de faire le contraire ! Alors je pars quand même… »
Avec Monique, la divine épopée

Cela reste sa plus belle aventure. Cinq ans à courir les mers, du Nord au Sud, à apprendre la navigation au large sur le tas, à se révéler à lui-même.
Et cette poule tombée du ciel qui lui tient compagnie, le nourrit et nourrit un récit d’aventure hors du commun. Pour en faire un succès d’édition incroyable : le livre « Le monde selon Guirec et Monique » a été traduit dans une dizaine de langues, jusqu’en Chine ! Une histoire devenue universelle. Avec elle, Guirec battra le record du plus jeune navigateur à traverser le passage du Nord-Ouest vers le Canada et l'Alaska, fera la connaissance d’Inuits devenus des amis avec lesquels il est encore en contact (il a promis à ses enfants de les amener à leur rencontre cet été). Ensemble, avec Monique, ils passent 4 mois en hivernage dans une baie du Grand Nord, à casser la glace chaque jour pour libérer l’embarcation de son étreinte gelée. Sur cette période, le navigateur est intarissable. Récit à bâtons rompus.
« J’ai 21 ans. Je pars, je n’ai pas de sous, un bateau (baptisé Yvinec, le nom de son île) en mauvais état, pas de balise, une pauvre VHF portable. Il y a plein de trucs qui ne vont pas. Mais, c’est pas grave, je suis heureux. Je fais ma première escale en dehors de la France en Espagne. Il faut tout de suite que je commence à bosser parce que je n’ai pas d’argent pour payer le quai et la nourriture. Je fais ensuite escale au Portugal, à Madère, aux Canaries. A chaque fois, je travaille un peu. Aux Canaries, je fais la connaissance de ma petite poule, Monique. C’est la naissance d’une vraie complicité. C’est devenu un animal de compagnie.

Dès le départ, je voulais une poule, j’adore les œufs mais on m’avait dit qu’elle serait stressée, qu’elle ne pondrait pas… Finalement, on est resté 5 ans à bord avec des histoires incroyables. On s’est rendu dans des pays où les habitants n’avaient jamais vu une poule vivante. Je suis allé en prison à cause d’elle pour avoir caché aux douaniers canadiens de Pond Inlent que je détenais un fusil et une poule. Je me suis excusé, j’ai prétexté des hallucinations après 6 jours à la barre. Ils n’ont rien voulu entendre, m’ont confisqué le bateau et mis en cellule. Le bon côté, c’est que la cellule était chauffée, que j’avais un bon matelas… Et, j’étais vraiment fatigué, je me suis bien reposé !
Cette période, j’en parle, ça me fait marrer. Je pense au Groënland parce que j’y ai tissé des liens forts avec des locaux. Mon hivernage, le moment où je me suis figé dans la banquise, c’est le plus beau et le plus dur souvenir de ma vie. J’apprends le décès de mon père par un pêcheur Inuit qui vient me voir, il me montre son téléphone et je vois un message de ma sœur m’apprenant que mon père venait de partir d’un arrêt cardiaque alors qu’il était en pleine forme. Je ne peux pas contacter ma famille. Je vais rester 130 jours complètement isolé, sans soleil, avec une banquise instable, le bateau qui se fait pousser sur la côte, échoué à plusieurs reprises, le manque de nourriture… C’est dur et, en même temps, il y a des moments qui sont magnifiques, heureusement. Avec Monique, il y avait des prises de bec parfois, je dois le reconnaître. Pendant l’hivernage, on écoutait de la musique et je revois sa tête… Comme t’es tout seul, tu te fais des films aussi. J’ai fait du kite, du surf, du skate avec elle, je l’ai emmenée dans plein de pays. Et puis, ce qui était top, c’est qu’elle me pondait des œufs. Je pouvais me faire des crêpes en plein milieu de l’Atlantique… avec des œufs frais. Sans parler de l’aide psychologique. Je lui dois beaucoup. Après l’hivernage, j’ai fait le Nord-Ouest américain avant de plonger au Sud. La Polynésie où je voulais aller – j’en rêvais - m’a été interdite à cause de Monique (les autorités craignent la propagation du virus de la grippe aviaire). Il y a eu ensuite la traversée du Pacifique jusqu’au passage du Cap Horn. J’ai eu un problème (l’enrouleur a lâché, le moteur a pris l’eau…), les vents nous poussent en Antarctique, une navigation très dure avec des -15°, -20°, tout est gelé, le bateau qui se retourne, je perds beaucoup de choses à bord. Ce jour-là, si Yvinec ne se redresse pas, c’est fini, c’est sûr ! Je me déroute finalement en Afrique... Entre San Francisco et l’Afrique du Sud, je passe plus de 130 jours en mer ! C’est long. J’essuie un paquet de tempêtes avec un bateau pas adapté pour ça. Quand j’y repense, je me dis que j’étais un peu inconscient d’aller là-dedans. Je m’en suis sorti, tant mieux ! J’ai une bonne étoile, mais aujourd’hui, je suis plus réfléchi, il y a plein de choses que je ne referais pas. Franchement, j’aurais pu crever plusieurs fois.
Quand je suis rentré au pays, c’était dur parce qu’après 5 ans, tu ne sais pas ce qui va se passer. Il y a eu mes projets de bouquin, de films autour de cette aventure. C’était important de prendre ce temps-là, c’est quelque chose que, souvent, je ne sais pas faire. J’ai tendance à enchaîner les aventures, à repartir à peine rentré… Finalement, j’ai acheté mon rameur… »

La double transatlantique à la force des bras…
Il avait coché la case voile… Incapable de jeter l’ancre bien longtemps sur le plancher des vaches, Guirec veut, cette fois, enjamber l’Atlantique à la force des bras.


Rame, rame, rameurs, ramez… fredonne le Breton, qui avait fait de l’aventure de Gérard Daboville son livre de chevet. A bord de son monotype de 8 x 1,6m avec un habitacle de 1,5m2, le marin remet le couvert !
« J’avais vraiment besoin de repartir. Ça a pris plus longtemps que je l’aurais souhaité parce qu’il y a eu le COVID. En février 2021, je boucle la transtlantique, d’Est en Ouest, des Canaries jusqu’à Saint-Barthélémy en 74 jours. Ça s’est très bien passé, un peu trop bien. Je suis resté un peu sur ma faim
(5 000 km parcourus soit 10 heures de rame par jour). J’avais le bouquin de Gérard Daboville et je me dis, l’aller, c’est bien mais le retour ça a l’air quand même beaucoup mieux. Déjà, tu rentres en Bretagne, c’est une route qui a l’air plus compliquée… T’as le bateau, t’as l’envie… Let’s go. Trois mois après, c’était reparti. C’est une de mes aventures les plus dures. Un mec parti juste avant a abandonné au bout de quelques jours. Je le contacte, il me dit : ‘‘J’arrête de jouer avec ma vie, c’est la 3e fois, là c’est fini.’’ Un autre rameur se fait hélitreuiller aussi. Un journaliste à Cap Code (USA) me dit: ‘‘La dernière personne que j’ai interviewé qui partait comme toi, on ne l’a jamais retrouvée’’... Il y a beaucoup de signes mais j’y vais quand même. Un de mes défauts, c’est que j’ai dû mal à dire stop. Je pars de Chatham aux Etats-Unis, les débuts sont durs, j’ai le courant de face mais je suis hyper motivé. Il m’arrive de faire des 24 heures de rame parce que je remontais au nord et j’étais à deux doigts de m’échouer au Canada… C’était pas possible. Je finis par récupérer le Gulf Stream au bout de 2 semaines. Je sais que j’ai une tempête tropicale qui arrive mais je ne suis pas stressé, je m’étais déjà retourné avec le bateau, il est fait pour ça. Sauf que là, au moment où je me retourne, j’avais un petit hublot ouvert, l’eau rentre dans le bateau, impossible de le fermer, je sens le bateau s’enfoncer, il n’y a plus d’air dans l’habitacle, la seule solution, c’est d’ouvrir la porte pour me dégager. Quand j’ouvre, le bateau se remplit d’eau, à l’envers, dans du mauvais temps. Je ne vois pas d’issue, je suis en maillot de bain au milieu de l’Atlantique. Mes affaires partent à droite, à gauche. Je me dis : « fin du game ». Au final, grâce à une ancre flottante, un bout, une déferlante… je parviens à redresser le bateau. Miracle, je suis en vie. Le bateau est là, j’ai mes avirons… Evidemment, je continue. Mon compartiment étanche avec mes moyens de communication est rempli d’eau. Plus rien ne marche, mes deux téléphones satellite sont morts… Je me dis : tout le monde va me penser mort. Je me suis projeté. En plus, ma femme était enceinte, je m’en voulais énormément. Finalement, j’ai réussi à sauver une VHF portative 100% étanche et un panneau solaire portable. Au bout d’une trentaine d’heures après mon retournement, j’ai réussi à contacter un cargo qui passait pas loin. Il m’annonce qu’il vient me récupérer. Je réponds « non », que tout va bien, je lui donne ma position, demande d’envoyer un mail pour dire que je continue et que je n’ai plus de moyens de communication… Merci, au revoir ! J’ai raccroché et continué ma traversée. Sans météo, sans personne à qui parler. Tout était trempé, moisi, salé, à bord, je manquais de bouffe. C’était très dur. Mais il y a eu aussi des moments incroyables, j’ai vu des requins, des baleines, des tortues, j’ai été suivi par des poissons pendant des semaines : je pense à ma petite dorade Paulette, ou un fou de Bassan que j’avais nommé Pedro… C’était trop stylé.
Finalement, je suis à une semaine de l’arrivée à Ouessant, à 300 milles de la terre ferme, je vois des algues, je me dis que c’est bon, je suis trop content… Et là, j’ai des vents d’Est qui arrivent, tu rames et tu fais marche arrière. Pendant 24 jours, je tourne en rond, je m’épuise pour rien, je n’ai plus de jus. J’ai fini par arriver au bout de 107 jours.
Dans le même temps, j’avais fait l’acquisition d’un IMOCA pour participer au Vendée Globe 2024. J’ai enchaîné dans la foulée toute la préparation, les courses de qualification (Route du Rhum, Jacques Vabre, la Transat anglaise…). »
Le Vendée Globe, l’adrénaline de la course au large
Guirec bascule sur un autre type d’épopée solitaire. Seul au milieu d’autres navigateurs partageant la même folie : la course au large. Il ajoute la compétition à l’aventure. Avec le même enthousiasme, la même détermination.

Le Vendée Globe me trotte dans la tête depuis un moment. Quand je traverse l’Atlantique aller à la rame (Canaries-Caraïbes), il y a les concurrents du Vendée Globe 2020-21 qui remontent l’Atlantique. Et là, c’est clair, je veux faire le prochain ! Mon équipe commence à chercher un IMOCA. Je rachète celui de Benjamin Dutreux. C’était hyper-motivant, je savais que j’allais naviguer sur un bateau rapide, que j’allais faire le tour du globe. J’étais comme un fou. En avril 2022, je suis à Brest pour ma première course aux côtés de Jean Le Cam, Charlie Dalin, Jérémy Beyou. Je n’avais jamais pris de départ de course, je me retrouve tout seul sur un bateau de 60 pieds. Je me dis : waouh, c’est gros ce truc. Dès ma 2e course, qui va des Sables d’Olonne jusqu’en Islande, je finis 2e. J’ai la chance d’être entouré de gens très compétents et motivés.
Et puis, c’est le départ du Vendée Globe. Je suis excité. Il faut prendre les bonnes options, faire attention à son bateau. Le plus beau moment, c’est la découverte des îles Kergelen. Juste après, je prends un gros coup de vent, entre 70 et 80 nœuds, avec beaucoup de mer, c’était dangereux de sortir à l’extérieur pour gérer mon bateau. En tout, j’ai fait au moins 6 ascensions dans mon mât pour des problèmes techniques. Incroyable aussi le passage du Cap Horn : c’était ma 2e fois mais c’est la première fois que je le voyais vraiment. Mais, juste après, j’ai une voile qui tombe à l’eau, qui se coince dans la quille. C’est le bordel, je dois plonger dans une eau à 4-5°. J’ai fini le Vendée Globe en 89 jours à la 23e place, 5e des bateaux à dérive, ce qui est correct.
J’avais déjà annoncé avant le départ que ma prochaine aventure, ce serait le tour du monde à l’envers en Ultim. Ce que je confirme dès la conférence de presse d’arrivée ! »
Le monde à l’envers
Toujours plus grand, toujours plus audacieux. Exit l’IMOCA, Guirec enfourche un Ultim, un géant des mers.

MASCF est un trimaran de 31 m de long pour 21 m de large avec un mât qui culmine à 35 m de haut. Jamais un multicoque n’a réussi le tour du monde à l’envers. Le record auquel s’attaque le navigateur tient depuis 21 ans. Autant d’arguments qui ne font que le renforcer dans son projet. Impossible n’est pas Guirec !
« Pour acheter mon Ultim, je mets ma maison en caution. Et sur la ligne de départ, l’option B, celle qui consiste à ne pas ramener le bateau, n’est pas possible. Donc, il faut que ça marche, j’ai un peu la pression… Pour la navigation en Ultim, j’ai la chance d’être accompagné par une super équipe, dont le navigateur Jean-Baptiste Le Vaillant qui m’a permis de partir dans des super conditions. Quand je quitte Ouessant, je me filme au moment de passer la ligne et je prends conscience que je pars faire un truc qui n’a jamais été fait sur un bateau énorme. Je suis dessus pour la première fois tout seul. On va contre les éléments, on essaie de jouer avec les systèmes, mais parfois c’est là, tu n’y échappes pas, il faut y aller. Dans l’après Cap Horn, j’ai affronté 3 jours avec plus de 40 nœuds de vent et 7 mètres de creux de travers, le bateau encaissant des gros coups de gîte. Pendant plusieurs jours, je n’ai pas dormi. Je longeais la côte. Au moindre souci technique, si je dois me mettre en vent arrière, je finis en moins de deux heures dans les cailloux de Patagonie. C’est hyper-stressant. C’est un vrai jeu de poker. Le passage sous l’Afrique du Sud a été difficile aussi, il y avait énormément de cargos en raison des événements au Moyen Orient.
Je passe la ligne d’arrivée au bout de 94 jours, 21 heures et 58 minutes, soit 28 jours d’avance sur le précédent record. Et seulement 5 jours de plus que le Vendée Globe… Sauf qu’au Vendée, j’ai parcouru environ 24 000 milles alors que, pour le record, j’en ai fait plus de 37 000 !
Quand tu navigues en Ultim, tu ne peux pas retourner en arrière. Il est beau, ça va vite, c’est confortable, c’est lumineux. Il n’y a que du positif. »
Le futur : du rhum et de l’aventure !

Fort de cette expérience de tour du monde à l’envers, la vie de Guirec s’écrit désormais sur son multicoques. « Continuer de naviguer en Ultim, carrément ! Mon prochain objectif, c’est la Route du Rhum et après on verra. L’aventure, l’expédition, je referai aussi, bien sûr. Pour être franc, si je pouvais faire des courses en étant compétitif et, à côté, monter des projets d’expédition comme j’ai pu le faire dans le Grand Nord et dans le Grand Sud, ça m’irait très bien. Mon rêve, c’est aussi de partir plus longtemps avec mes enfants, en famille. Avec cette dimension de transmission qui est essentielle, partager des chouettes moments. D’autant que j’ai la chance d’avoir une compagne qui adore la mer. »




