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Les collégiens aventuriers du Mercantour

  • il y a 3 heures
  • 6 min de lecture

 

Un documentaire et un carnet de voyage racontent la folle épopée de 22 collégiens cannois engagés dans la Grande Traversée du Mercantour : 200 km et 12 000 mètres de dénivelé positif en 17 jours, entre Entraunes et Menton. Réjouissant !

 

Par THIERRY SUIRE 

Photos MARC BRULARD / DES QUARTIERS AU SOMMET


Vous avez aimé Karine Viard dans le film Les randonneurs de Philippe Harel. Vous allez adorer Jade, Tiago, Adel, Jun et les autres dans Mercantour sous nos pieds, le documentaire de Loïc Preghenella. Un casting XXL déniché entre les murs du collège Les Muriers à Cannes-La Bocca, établissement classé en Réseau d’Education Prioritaire.

Ici, le scénario s’écrit au jour le jour. Ici, les répliques sont 100% naturelles, nées de la spontanéité d’ados biberonnés à la culture du stand up et aux punchlines drolatiques. Ici, l’émotion d’une aventure collective grimpe en même temps que la pente qui leur fait face. Ici, l’amitié et la solidarité se renforcent pas après pas. L’épuisement laisse le champ libre au lâcher prise sous le regard bienveillant des enseignants (Marine et Elsa, profs de Lettres modernes et Emilie, Conseillère principale d’éducation) et du guide accompagnateur, Jean-Luc Guelfucci. Cette aventure hors normes, organisée par l’association Des quartiers au sommet, était parrainée par un athlète de renom, le Népalais Dawa Dachhiri Sherpa, vainqueur notamment de l’Ultra Trail du Mont-Blanc, olympien et fondateur de Parrains et Marraines pour le Népal (lire par ailleurs). Présent au départ et à l’arrivée de l’aventure, il a missionné deux jeunes marcheurs, Lhamu et Rabin, venus des contreforts himalayens, pour accompagner les collégiens azuréens.

Départ d’Entraunes, aux sources du Var. Dès les premiers hectomètres, le ton est donné : « Madame, je suis déjà épuisée en fait ! », balance Jade, élève de 5e. Quelques secondes filent. Marine Bourguignon Trombini, professeur à l’initiative du projet, jette un coup d’œil à sa montre : « ça fait moins de 10 minutes qu’on est partis ». Rires partagés. Jade… On tient là un premier rôle. À son aise dans le décalé comme dans l’émotion.

Tout au long des 60 minutes de vidéo, on se glisse derrière la caméra de Loïc Preghenella pour ne rien louper de cette escapade aux allures de rite initiatique. Comme accroché au sac-à-dos de marcheurs qui, d’ordinaire, n’ont souvent que leurs barres d’immeubles pour horizon. Pourtant, juste derrière leurs habitations, les reliefs alpins ne sont qu’à un jet de pierre. Des pierres qui semblent désormais toutes atterries sous leurs pieds endoloris. Des pierres qui habiteront leurs rêves étoilés dans ces nuits de réconfort passées sous leurs tentes érigées aux abords des refuges de montagne.

Les doutes, les échanges, les briefings des accompagnateurs sont entrecoupés d’images saisissantes de ce Mercantour aux mille visages, touche d’esthétique posée sur un projet éducatif et social qui prend aux tripes.

« Par notre humour et notre force de caractère, on souhaite tous s’élever », clament les jeunes en préambule du docu, tandis que les enseignants s’échinent à transformer ces « sommets en horizons », à pousser les murs d’un futur tout sauf écrit à l’avance. Un enseignement en mode accéléré pour des mômes plongés le temps de cette aventure dans la vie, la vraie, celle déconnectée des écrans. Celle des sentiments profonds, ceux éprouvés dans la difficulté, la douleur et les doutes.

Sur les sentiers, les choristes cannois entonnent, ensemble, leur hymne : « on n’abandonnera jamais, on a un mental d’acier ». Chaque jour, la farandole joyeuse s’étire de crête en crête jusqu’à la délivrance. L’arrivée au refuge. Vient le temps des discussions sans fin autour de la tente, des jeux de société et des bons petits plats concoctés sur place. Comme la salade composée d’Antoine au refuge des lacs de Vens, ou encore « les crevasses, euh non, les crozets », dégustés ailleurs. « C’est trop bon, je demanderai à ma mère qu’elle m’en fait », ajoute Adel. Sans oublier la soupe aux orties de Christophe, (ange) gardien du refuge de Nice.  C’est le moment aussi des confidences face caméra. « La journée d’aujourd’hui ? J’ai des cloques partout, je suis K.-O. technique », analyse Adel, sourire aux lèvres. Ou Jade, les yeux dans le vague, qui embraie : « Je pars demain matin. » La riposte, froide de Loïc « OK. Je peux t’amener à Barcelonnette ». La collégienne, bouche grande ouverte : « c’est ça votre réponse ? Je m’attendais à ce que vous me disiez : Non, mais reste et tout ». On l’a compris, Jade sera de l’aventure jusqu’au bout. Première, même, à requinquer les copains à bout de force. « Tu vas rendre fiers tes parents, tu vas tenir, je le sais » balance la jeune marcheuse transformée ce soir-là en coache mentale. « Dis : je vais rester jusqu’au bout »…

Le programme des journées ? Simple, basique : « on se réveille, on marche, on déjeune, on marche et on marche… » Ce sont aussi des rencontres avec des bouquetins, des marmottes, l’observation d’un étrange poisson au bord d’un lac d’altitude (« wesh, il a une scoliose ! »), un petit cours à ciel ouvert sur la glaciation, des baignades en eau glacée, la découverte des gravures de la vallée des Merveilles... Toute situation est l’occasion d’élever son âme. « En 17 jours, on a le temps de voir les élèves se révéler. La durée du voyage fait qu’à un moment donné, on forme une famille », souligne Marine Bourguignon Trombini. Une famille triste à l’unisson quand Loïc apprend la perte de son papa, et doit quitter l’équipée. « Cette étape, on va la faire pour lui », souffle un collégien.

L’autre famille, celle laissée en bas, manque terriblement à ces jeunes ados peu habitués aux longues séparations. Heureusement, la cohésion de groupe (« rien n’est dur quand on est tous ensemble ») et la perspective d’une arrivée triomphale « sous l’arche de Menton » booste tout le monde. Jusqu’au bout. « Déter » comme jamais à mettre le Mercantour sous leurs pieds.

La mer est là. Enfin. Les mères sont là. Les retrouvailles sont des sommets d’émotion. A la hauteur de l’exploit. Juste avant l’arrivée, le dernier briefing du guide Jean-Luc marque durablement les esprits : « Ne vous laissez jamais dire que vous n’êtes pas capables ». Sans doute la grande leçon des montagnes.

Mercantour sous nos pieds, c’est l’histoire de 22 collégiens en galère. 22 collégiens qui ont conjugué être et avoir sous toutes les formes. Être persévérant, généreux, solidaires, courageux. Avoir grimpé, escaladé, ri et réussi. 22 collégiens qui ont décroché le brevet « débrouille en montagne » avec la mention très bien.

  

Dawa Dachhiri Sherpa, traileur de renom et fondeur olympique 

C’est un parrain qui connaît le sens des mots sacrifices, efforts et succès. Né dans la vallée du Solukumbu au Népal, dans les montagnes de l’Himalaya, à 2 700 mètres d’altitude, Dawa entre dans un monastère à l’âge de 6 ans. A 13 ans, il revient dans son village pour s’occuper de ses frères et sœurs à la suite de la mort de son père. C’est à 25 ans qu’il participe à sa première course. Une révélation. L’histoire de sa vie. Il enchaîne ensuite les succès sur les plus prestigieux trails de la planète. Vainqueur de l’Ultra Trail du Mont-Blanc en 2003, de la 6 000D, de l’Annapurna Mandala Trail, du Grand Raid du Mercantour… Plus de 100 victoires à son palmarès et une 5e place à la Diagonale des fous sur l’île de La Réunion.

Un grand monsieur du trail dont la trajectoire sportive est singulière. Ses capacités physiques hors normes et son implantation en Suisse alertent le Comité olympique népalais qui lui propose de représenter son pays en ski de fond. Au J.O. de Turin en 2006, il est porte-drapeau et seul représentant de son pays. Il décrochera la 94e place sur l’épreuve du 15 km classique. Et remettra ça lors des olympiades de 2010 et 2014 à Vancouver et Sotchi.

Fondateur de l’association Parrains et Marraines pour le Népal, Dawa multiplie les actions pour la scolarisation des enfants, la création d’un foyer pour les aînés, l’accès aux soins… pour la population de la vallée du Khumbu.

 

Un carnet de voyage crayonné

Des mots sur les monts. Chaque élève est parti à l’assaut du Mercantour avec un petit carnet sur lequel noter son récit de voyage jour après jour. Il en ressort un joli livre édité par PEAK Editions. Un livre agrémenté de photos et magnifiquement illustré par Lucie Livingstone. On y trouve aussi des QR Codes qui permettent de prolonger le plaisir de cette réjouissante cordée.

Mercantour sous nos pieds,

PEAK éditions, 15 euros.

Commandes sur : peak-editions.com

 

Récompenses Le film « Mercantour sous nos pieds » a reçu le Grand Prix du Jury du Festival Les Rendez-vous Aventure 2026 de Lons-le-Sonnier et le prix "Coup de cœur" du jury du FIFAV La Rochelle 2025.

 
 
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