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Marion Rousse : un Tour de France féminin... so Nice

  • il y a 2 heures
  • 7 min de lecture

Consultante TV du Tour masculin et directrice du Tour de France Femmes avec Zwift, Marion Rousse est devenue une figure incontournable de son sport.

 

Par THIERRY SUIRE

PHOTOS ASO organisation & Fonds personnel Marion Rousse

 

De plateau en plateau, elle porte la voix d’un peloton féminin en pleine conquête. Et s’enthousiasme à l’avance de la grande explication entre les concurrentes 2026 après la victoire de la Varoise Pauline Ferrand-Prévot lors de la dernière édition. On retrouve l’ancienne championne de France dans le groupe étau des journalistes qui la sollicitent pour parler de cet été au sommet. Et du finish de l’épreuve sur la Promenade des Anglais. La petite reine a trouvé son ambassadrice. En pleine ascension médiatique du cyclisme féminin, Marion Rousse a lâché le guidon de sa carrière de coureuse de haut niveau pour empoigner le micro. Et entamer une nouvelle étape de sa vie professionnelle. Consultante à Eurosport puis à France Télévisions, elle s’impose par la précision de son regard et sa connaissance du peloton. Avant de changer de braquet en prenant, également, les commandes du Tour de France Femmes.  Un Tour de France dont l’épilogue 2026 se jouera sur les pentes de l’arrière-pays niçois pour s’achever en apothéose sur la Promenade des Anglais. Marion Rousse file en appuyant fort sur les pédales vers ce final de rêve.

 

  • Vous avez coché Nice pour boucler la Grande Boucle 2026. Pourquoi ce choix ?

Nice, c’est une belle histoire. Le Tour partira de la Riviera suisse pour arriver sur la Riviera française. Le symbole est beau. Arriver à Nice, c’est aussi souligner la relation particulière qu’ASO entretient avec la ville. Il y a, chaque année, le Paris-Nice. La capitale azuréenne a également été « ville grand départ » et « ville d’arrivée » pour le Tour Hommes. Et puis, c’est un tableau magnifique, entre mer et montagne. Le Tour de France, c’est bien plus qu’une course de vélo, c’est aussi une épreuve sportive qui permet aux gens de voyager avec les paysages qui défilent, les images d’hélico. Les villes prestigieuses comme Nice font partie du folklore du Tour de France.

 

  • Qu’est-ce qui attend le public ici ?

Avec le col d’Eze à franchir, on va assister à une étape hyper-dynamique. On espère un finish plein de suspense. C’est un Tour très ouvert, il suffit de regarder les résultats des grandes classiques, c’est à chaque fois une concurrente différente qui l’a emporté. Avec le tracé 2026, il va y avoir du spectacle avec notamment l’ascension du mythique Mont Ventoux.

 

  • Et une icône du sport français, Pauline Ferrand-Prévot, qui remet ça après sa victoire en 2025.

Je crois que c’est le plus beau porte-drapeau que l’on pouvait avoir. Pauline, c’est un magnifique exemple pour les jeunes filles qui s’engagent dans le sport. Elle nous a fait rêver avec sa médaille d’or olympique à Paris en VTT. Et, le fait qu’elle revienne sur la route en disant : ‘‘Je veux remporter le Tour de France Femmes avec Zwift, je veux participer à cette course’’. C’était exceptionnel d’avoir une si grande championne.

 

  • C’est quelqu’un que vous connaissez bien. Vos larmes partagées sur la ligne d’arrivée du dernier Tour en témoignent.

On a commencé le vélo quasiment au même âge. C’est quelqu’un que j’ai vu évoluer, avec qui je me suis toujours bien entendue. Forcément, se retrouver des années plus tard et la voir performer… Quand on est ensemble sur la ligne d’arrivée du Tour 2025, c’est un peu toutes ces années qui remontent. Tout le chemin parcouru.


  • Sur les routes du Tour 2026, elle aura fort à faire face aux Demi Vollering, Puck Pieterse, Katarzyna Niewiadoma et les autres.

On a une chance incroyable. Ce sont ces athlètes qui montrent à quel point c’est magnifique de regarder le cyclisme féminin. Leurs performances nous aident à le rendre populaire.

 

  • En quoi la relance du Tour de France Femmes avec Zwift, en 2022, a-t-elle changé, concrètement, la place du cyclisme féminin aujourd’hui ?

Il n’y avait qu’une seule course qui pouvait donner de l’élan au cyclisme féminin, c’était le Tour de France. Parce que c’est la course la plus belle au monde, parce qu’elle passionne le grand public. C’est cette force là qu’il nous fallait pour décliner au féminin la magie qui opère autour du Tour. Une fête populaire, gratuite, avec la caravane… Nous avions besoin de ces codes pour que le grand public apprenne à connaître le cyclisme féminin. Et, une fois qu’il a appris à le connaître, il l’a adopté.

 

  • Un mot sur votre rôle de directrice de course ?

C’est un rôle qui colle à la peau tous les jours de l’année. Il n’y a pas d’école qui t’apprend cette fonction. C’est plus qu’un boulot, c’est une vocation. Tu incarnes l’événement, c’est un peu comme ton bébé. Tu dois le choyer, prendre des décisions, réfléchir au parcours, parler dans les médias, se déplacer dans les collectivités. Être là dans la relation avec les équipes, prévoir la sécurité… C’est un rôle tellement vaste, qu’il est difficile de répondre à cette question. Heureusement, avec ASO, nous sommes entourés d’une équipe ultra-compétente.

 

NÉE POUR ENFOURCHER LA VIE

 Un destin au sommet. Une trajectoire en mode ascensionnel. Marion Rousse a su brillamment négocier tous les virages de sa vie.

 

Epanouie dans ses rôles de consultante TV, directrice de course, maman et compagne de Julian Alaphilippe. Un parcours qu’elle retrace pour nous.


  • L'ENFANCE

    « Dès l’âge de 6 ans, je savais ce que je voulais faire : du vélo ! Quand je l’ai dit à mon père, il a un peu tiqué. Il était cycliste à un haut niveau et savait combien ce sport est difficile. Il m’a dit : t’es trop jeune. Mais comme j’étais déjà une petite fille espiègle et que j’avais besoin de bouger, avec l’aide de ma maman, on est allé m’inscrire en cachette. C’était parti. Mon père est ensuite devenu mon entraîneur et il était fier de moi. »


  • UNE VOCATION « Quand tu gagnes des courses, ça motive, tu apprends à aimer gagner. Mais, c’est quand tu débarques en équipe de France, vers 14-15 ans, que ça devient concret. Que tu commences à projeter un avenir dans le vélo. Avec les premiers déplacements à l’étranger, les championnats d’Europe, du monde… »

 

  • CHAMPIONNE « Le titre de championne de France, décroché en 2012 dans le Nord, d’où je suis originaire, c’est un moment chouette de ma carrière. A 21 ans, ça faisait déjà plusieurs années que je roulais au plus haut niveau, dans des grosses formations. Que je participais aux plus belles courses du monde. Avec cette victoire, tu portes toute l’année les couleurs de ton pays, tu as les liserés tricolores à vie sur ton maillot. C’est une consécration. Et, en même temps, le cyclisme féminin avait tellement pas d’avenir qu’il fallait que j’aille travailler pour décrocher un salaire. C’était fou. Ce titre m’a surtout permis d’être invitée sur des plateaux télé et sur ces plateaux, on a trouvé que je me débrouillais bien à parler de ma passion. Aussi bien qu’un homme ! J’ai commencé à commenter des courses masculines tout en poursuivant ma carrière pro. Très vite, je me rends compte que les deux, c’est compliqué : j’avais l’impression de ne plus avoir le niveau sur le vélo parce que je ne m’entrainais pas suffisamment et, a contrario, je devais refuser des jours de commentaires parce que j’avais une course. Comme je suis une fille qui n’aime pas faire les choses à moitié, j’ai arrêté ma carrière sportive pour me consacrer à un métier qui me payait et restait dans ma passion. »

 

  • DES REGRETS ? « C’est sûr que j’aurais aimé participer à ce Tour de France Femmes avec Zwift. Cela aurait été l’objectif de toute ma carrière. Mais, honnêtement, quand je vois l’évolution du cyclisme féminin, je me dis que j’ai été certainement plus importante dans mon rôle de directrice de course. D’avoir connu la galère du cyclisme féminin à l’époque m’aide à prendre aujourd’hui les bonnes décisions. Je suis contente de me dire que je sers davantage où je suis qu’en faisant le nombre au milieu d’un peloton. Je suis hyper heureuse d’avoir cette trajectoire de carrière. Très heureuse que les petites filles peuvent enfin s’identifier à des athlètes féminines avec un Tour retransmis dans 190 pays dans le monde. Toutes les coureuses aujourd’hui sont payés. Il y a 4 ans, c’était inenvisageable ! »

 

  • LA TOUCHE MARION ROUSSE AU MICRO ?

« Je ne sais pas. Naturelle ? Ce que je sais, c’est que je n’arrive jamais à une course, les mains dans les poches. Il y a du travail derrière. Je sais la chance que j’ai de pouvoir commenter les plus belles courses du monde devant des millions de téléspectateurs, donc j’essaie d’amener une expertise, de bosser mon sujet pour être la meilleure possible. »

 

Un amour de petite reine

Marion Rousse le dit sans ambages : « Le vélo est un sport exigeant, ingrat ». Pourtant, c’est pour la petite reine qu’elle a les yeux de Chimène. Explications de la passionnée : « J’ai tout de suite aimé prendre mon vélo et rouler à fond. Le cyclisme, c’est aussi découvrir des paysages, ce sont toutes ces odeurs, ces couchers de soleil qui défilent sous nos yeux, ce rapport à la nature et cette sensation de liberté. Sans oublier l’apprentissage de la compétition, les stratégies de course… » Un savant cocktail qui a séduit la petite Marion et qui continue de la faire vibrer du matin au soir. Un bonheur qu’elle veut partager avec le plus grand nombre. En commençant par la jeunesse. Le sport, c’est la meilleure école de la vie. Mon passé de sportive de haut niveau m’aide aujourd’hui encore : la détermination, la rigueur, l’esprit d’équipe, connaître ses limites… »

 

Le Tour 2019 au Panthéon de ses souvenirs vélo !
« Le Tour 2019 a été incroyable à vivre. Il y a les 14 jours en jaune de Julian Alaphilippe (son compagnon) et puis, on a tous le sentiment que Thibaut Pinot va gagner ce Tour avant son improbable blessure. C’était un Tour de France hors normes. Mais, en même temps, avec un Paul Seixas qui arrive, je me dis que les années à venir vont être très belles également pour nous au micro. »

 
 
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