MAURO PROSPERI : dix jours au-delà de la vie
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- 30 déc. 2025
- 5 min de lecture
Mauro Prosperi, un Italien champion olympique de pentathlon, a survécu dix jours dans le désert après s’être égaré durant le Marathon des Sables 1994. Notamment en buvant son urine et en mangeant des chauves-souris…

Par SÉBASTIEN NOIR
PHOTOS GÉNÉRÉES PAR IA
Lorsque vous acceptez les conditions d’engagement au Marathon des Sables, une course de 250 km (en
5 étapes) en autonomie complète dans le Sahara, vous devez indiquer sur votre bulletin d’inscription quoi faire de votre dépouille au cas où vous mourrez pendant l’épreuve. Le décor est planté. Pas de quoi faire renoncer Mauro Prosperi, un Italien de 38 ans, médaille d’or olympique par équipe de pentathlon à Los Angeles en 1984, poussé par son grand ami Giovanni Manzo.
Après une longue préparation intensive à Rome, les deux protagonistes se présentent donc sur la ligne de départ de Foum Zguid, au Maroc, le 10 avril 1994 en compagnie de quelque 80 concurrents.
Après quatre jours et 90 km parcourus, le 14 avril, a lieu la plus longue et périlleuse étape : 85 km.
Si Giovanni et Mauro partent ensemble, le second lâche rapidement son ami.
Au 30e kilomètres, dans les dunes, Mauro est face à « un mur jaune ». Une tempête de sable qui l’aveugle. Qui risque de l’ensevelir. Il suffoque. 8 heures de combat. Blessé et épuisé, il s’endort dans son sac de couchage.
Premier jour
Le matin, il sait qu’il a course perdue. Il mange une barre de céréales et se remet en route pour retrouver d’autres coureurs.
Mais il est seul au monde…
« J’ai alors uriné dans ma bouteille d'eau de secours, parce que quand vous êtes bien hydraté, votre urine est plus claire et plus potable ».
L’espoir renaît toutefois lorsqu’un hélico apparaît dans le ciel. Il sort la fusée mais la fusée trop petite et difficile à distinguer. « Elle était de la taille d’un stylo », rembobine Mauro. L’hélico rebrousse chemin. Prosperi pleure. Hurle. « Je n’avais pas peur, c’était une forme de désespoir. J’ai crié ‘’pourquoi me laisses-tu tomber ? J’ai commencé à perdre un peu la raison ». D’autant que les corbeaux le suivent. L’épient. Guettent le moindre signe. « Leur message était clair : je n’en avais pas pour longtemps ».

Deuxième et troisième jours
Pour échapper à la menace et à la chaleur brûlante le jour, le froid glacial la nuit, il lui faut trouver un abri. Il doit continuer à marcher. A s’hydrater. Entre deux gorgées acides de son urine, il cherche. Enfin, une petite construction en pierre se présente devant lui. Ce n’est pas un mirage. Plutôt un miracle. « En entrant, j’ai vu que c’était un autel. Le tombeau d’un saint homme. J’étais à bout. Empli de désespoir. Et puis, j’ai entendu des bruissements. C’étaient des chauves-souris. J’ai obéi à mon instinct de survie : il fallait absolument manger. J’ai croqué une vingtaine de bestioles. A aucun moment, je n’ai eu conscience de ce que je faisais. J’ai même enterré leurs cadavres ».

La faim justifie les moyens… Des œufs d’oiseaux, des insectes et des lézards complètent son alimentation.
Pour s’hydrater, il suce des lingettes humides et lèche la rosée des rochers tout en continuant à boire son urine. Il espère surtout que l’organisation de course va finir par le retrouver…
Quatrième jour
C’est ce qu’il croit lorsqu’il perçoit, au loin, le bruit d’un moteur. Mauro Prosperi trouve alors la force de se lever. De tracer dans le sable le massage « Help me ». De rassembler ses vêtements et sacs de couchage dans un trou et y mettre le feu pour alerter le pilote de l’avion qu’il aperçoit. « Hélas, une nouvelle tempête de sable s’est levée. Ce fut l’instant le plus tragique… »
Voilà, tout est parti en fumée. Même son dernier espoir. Mauro saisit alors un bout de charbon et inscrit sur papier « Je t’aime ma chérie. Pardonne-moi… »

Le sort en est jeté. Il plante le drapeau italien sur le toit de la construction en pierre « pour qu’on retrouve mon corps ». Mais il lui reste une dernière chose à accomplir. « Je n’ai pas peur de la mort. Mais de souffrir. Je voulais en finir le plus vite possible. J’ai pris mon couteau de poche te je me suis ouvert les veines avant de m’endormir ».

Cinquième jour
Mauro Prosperi ouvre les yeux. Il n’est pas au paradis. Mais toujours en enfer. La faible profondeur de ses blessures et la chaleur qui a coagulé son sang n’ont pas provoqué sa mort. Au contraire, ce constat lui redonne sourire et motivation. « J’étais sûr de survivre ! ».
Sixième et septième jour
Mauro quitte alors l’abri en pierres. Il marche le matin tôt et le soir tard afin d’échapper aux brûlures du soleil. Il presse les racines des plantes pour y recueillir le jus de la vie. Il cherche ses repères, s’aligne sur les montagnes qui percent le brouillard de chaleur. Il avance. Mais vers quoi ? Vers qui ? Nul ne le sait !
Huitième jour
A l’aube du huitième jour, Mauro est toujours aussi seul. Perdu. Mais un miracle se produit : il découvre par hasard une oasis. Totalement déshydraté, le malheureux n’est plus en mesure de boire. Il vomit même ses premières gorgées. Épuisé, il gît à même le sol durant la journée, ingurgitant quelques goulées quand son corps lui permettait. Avant de s’endormir paisiblement, peut-être la première fois depuis qu’il s’est égaré…
Neuvième jour
Ce matin-là, après avoir rempli sa gourde d’eau, Prosperi reprend sa marche. Dans la journée, il remarque des crottes de chèvres sur la piste qu’il décide de suivre.

Mauro croise alors le regard d’une petite fille touareg. Qui s’échappe en hurlant. « J'ai sorti mon miroir de signalisation et l'ai tourné vers mon visage. J'étais un squelette. Mes yeux étaient enfoncés si profondément dans mon crâne que je ne pouvais pas les voir. J’ai alors compris sa terreur ».
Pourtant, l’enfant revient avec une adulte. Transporté sous une tente, soigné et nourri, Mauro est ensuite transporté à dos de chameau vers le village voisin. « Là, deux soldats, armés, m’ont bandé les yeux. C’est la seule fois où j’ai vraiment eu peur. J’étais persuadé qu’ils allaient me tuer et abandonner mon cadavre quelque part. Mais, après m’avoir menotté, ils m’ont embarqué en voiture ».
La suite ? Mauro Prosperi ne le sait pas encore, mais il a dévié de 290 kilomètres vers le sud. Traversé les montagnes du Jebel Bani. Et franchi la frontière entre le Maroc et l’Algérie. Les militaires sont alors certains d’avoir arrêté un espion marocain.
Enfin, après l’avoir identifié, il est soigné dans un hôpital. Avant de retrouver, en Italie, sa femme, ses enfants et son ami Giovanni Manzo, soulagé de retrouver sain et sauf celui qu’il avait embarqué avec lui dans
le désert.
Épilogue
Il a fallu deux ans à Mauro Prosperi pour totalement s’en remettre.
Son dossier médical rapportait une perte de poids de 15 kg. Il a fallu l’hydrater par intraveineuse avec 16 litres de liquides. Les médecins ont également constaté des dommages irrémédiables aux reins. Le foie a, lui aussi, été touché, l’obligeant à manger de la soupe et des aliments en purée pendant des mois. Les reins ont subi des dommages permanents. Prosperi a aussi souffert de crampes aux jambes pendant
1 an. Il lui a fallu, en fait, près de deux ans pour se rétablir. En mai 2020, il a publié un livre avec son ex-épouse et co-auteure Cinzia Pagliara, intitulé « Quei 10 Giorni Oltre la Vita » (« Ces 10 jours au-delà de la vie »).
Pourtant, tout cela n’a pas empêché Mauro Prosperi de participer à six reprises au Marathon des Sables, avec une belle 13e place en 2001.
« Après chaque ligne d’arrivée, se cache une ligne de départ. Et, le Sahara m'a épargné la vie. Ces jours dans le désert ont été mes jours les plus heureux ».
Contenu de son sac
> Un réchaud
> Sac de couchage
> Une boussole
> Sa nourriture
> Kit de secours avec une fusée éclairante
> Gourdes d’eau à remplir à chaque check point




